
Le pouvoir et l’oppression
La fragilisation des communautés par la peur et la haine.
Le pouvoir et l’oppression
La fragilisation des communautés par la peur et la haine.
Poussés par la peur et par la haine, les gens au pouvoir ont longtemps humilié et diabolisé les membres de la communauté 2ELGBTQI+ et ont tenté de leur imposer des normes d’hétérosexualité et de genre.
Pendant des générations, le gouvernement fédéral a présumé à tort que les personnes queers, jugées à la fois dangereuses et faibles, manquaient de loyauté. De là sont nées la purge LGBT et les lois opprimant les minorités sexuelles et minorités de genre. Au Canada, les lois discriminatoires ont privé des centaines de milliers de personnes de leurs libertés et de leurs droits fondamentaux. Au fil du temps, les communautés queers ont été vulnérabilisées, tant par la persécution de l’État que par son refus de leur venir en aide.
La discrimination sévit toujours à petite et à grande échelle. Nos droits et nos protections sont fragiles; nous devons y voir de près. Défendre les communautés vulnérables, c’est l’affaire de tout le monde.

Les descentes policières, la violence, le harcèlement et les arrestations dans les bars et bains publics queers continuent des décennies après la décriminalisation partielle de l’homosexualité au Canada, en 1969. Les autorités cherchent aussi à censurer les membres de ces communautés.
–
↑ Photo gracieuseté de The ArQuives: Canada’s LGBTQ2+ Archives et de The Gerald Hannon Estate


À compter des années 1980, la panique générale provoquée par le VIH/sida attise l’homophobie et la discrimination envers les hommes gais. Des activistes dénoncent le silence et la désinformation, ainsi que l’inaction du gouvernement devant la maladie.
–
↑ Photo de René LeBoeuf, gracieuseté des Archives gaies du Québec
L’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées fait ressortir toute la violence dont sont victimes les personnes 2ELGBTQQIA autochtones au Canada. On y présente des mesures à adopter d’urgence pour répondre à leurs besoins en matière de culture, d’identité, de santé, de sécurité et de justice.
–
↑ Photo gracieuseté de l’Ottawa Citizen, une division de Postmedia Network Inc.
En quoi les pratiques discriminatoires de l’État ont-elles évolué? Quels changements se font toujours attendre?
« Les victimes d’oppression et de discrimination ont toujours eu à porter l’essentiel du fardeau et à mener la lutte pour changer les choses. L’idée romantique qu’on se fait souvent du Canada renie en quelque sorte sa véritable histoire. Mettre un terme aux politiques discriminatoires n’est qu’une étape de plus dans notre cheminement vers la justice. »
–
Michelle, militante lesbienne, 2017
« Je rêvais depuis toujours d’une vie au-delà du tabou de l’homosexualité, où je n’aurais pas à me cacher du monde entier. »
–
Zdravko, réfugié homosexuel arrivé au Canada en 2013
Des années 1950 au milieu des années 1990, le gouvernement du Canada a systématiquement pourchassé, harcelé et congédié les membres 2ELGBTQI+ des Forces armées canadiennes, de la GRC et de la fonction publique fédérale.
La purge LGBT, comme on la désigne aujourd’hui, s’inscrit dans l’histoire parmi les plus importantes violations des droits de la personne commises contre la main-d’œuvre canadienne. Cette politique discriminatoire a été orchestrée aux plus hauts échelons de l’État, pour de prétendues questions de sécurité nationale, dans une cruelle indifférence pour la dignité, la vie privée et l’humanité de ses victimes.
Des milliers de vies ont été ravagées par la purge, qui n’a officiellement pris fin qu’au terme d’une poursuite contre le gouvernement du Canada en 1992. Les personnes survivantes ont attendu des décennies, soit jusqu’en 2018, pour obtenir une certaine justice grâce à un recours collectif contre le gouvernement.
Elles en portent encore les séquelles aujourd’hui.


La vie militaire débute souvent à un âge où les jeunes forgent leur identité. En séparant les hommes et les femmes, les forces armées et la GRC ont longtemps encouragé les relations – romantiques ou non – entre personnes de même sexe.
–
↑ Photo gracieuseté des archives de la ville de Vancouver
↗ Photo de Bettmann/Bettmann, Getty Images

Les personnes queers ont toujours été de celles qui servent leur pays. Depuis la fin de la purge LGBT dans les années 1990, beaucoup s’affichent plus ouvertement au travail. Or, la culture des forces armées, de la GRC et de la fonction publique n’a pas évolué au même rythme que les politiques officielles.
–
↑ Photo gracieuseté du ministère de la Défense nationale
Quelle a été votre expérience de la purge LGBT?
« C’était comme si on m’avait arraché l’âme. J’étais horrifiée, anéantie, perdue. Je n’avais plus d’identité. Qu’allais-je faire en revenant chez moi? Il m’a fallu me réinventer, et ça a été le moment le plus difficile de ma vie. »
–
Sherry, survivante, victime lesbienne de la purge en 1981

La discrimination envers les personnes 2ELGBTQI+ au Canada
L’érosion des droits fondamentaux et de la dignité.
La discrimination envers les personnes 2ELGBTQI+ au Canada
L’érosion des droits fondamentaux et de la dignité.
Tout le monde a le droit d’être soi-même et de vivre à l’abri de la discrimination. Or, depuis le début du colonialisme au Canada, les personnes queers ont été humiliées, marginalisées, battues, intimidées, contrôlées et criminalisées. Certaines ont même été assassinées.
Nos institutions gouvernementales et religieuses, notre système de santé, nos écoles, nos collègues et les membres de nos propres familles et voisinages ont privé les personnes queers de leurs droits fondamentaux et de leur dignité. Emplois, soins de santé, logements, services sociaux, droit au mariage, à l’immigration et à l’adoption, et bien plus encore leur ont été refusés.
La discrimination à leur égard demeure répandue au Canada. Notre société en entier s’en trouve diminuée.

Pour ajouter aux atrocités que l’on y commet, les pensionnats autochtones inculquent l’homophobie et la misogynie. On y use de violence pour éradiquer les notions traditionnelles du genre et de la sexualité, beaucoup plus ouvertes et fluides, pour convertir les enfants à la binarité coloniale (filles/garçons).
–
↑ Photo gracieuseté des archives du Synode général, Église anglicane du Canada

[Des centaines de gens ne manifestent pas par crainte pour leur emploi.]
–
Devant la discrimination qui persiste, bon nombre de personnes queers craignent encore de s’exprimer. Le risque leur paraît trop élevé.
–
↑ Photo gracieuseté de The ArQuives: Canada’s LGBTQ2+ Archives et de The Gerald Hannon Estate
Quelles formes cette discrimination prend-elle aujourd’hui?
« Au Canada, les personnes homosexuelles voient leurs carrières ruinées. Expulsées des églises, elles sont attaquées dans les rues de leur propre ville et se font enlever leurs enfants. Pourquoi? Pour avoir aimé, c’est tout. Nous, tout ce qu’on veut, c’est aimer des gens du même sexe et vivre comme on l’entend. »
–
Revendications de la communauté lors d’une manifestation, 1971
« On voit ressurgir l’hystérie homophobe des années 1970. Chaque fois que je participe à un événement, j’ai peur qu’un drame se produise, que la haine qui se déchaîne en ligne vire au cauchemar dans la réalité. Je crains plus que jamais pour l’acceptation sociale des personnes trans et pour l’avenir de leurs droits au Canada. »
–
Fae, femme trans et militante 2ELGBTQIA+, 2023
« Nous réclamons des droits égaux, rien de plus – rien qui enlève quoi que ce soit à personne. Nos droits fondamentaux sont constamment menacés par les politiques du moment. Et si nous relâchons la vigilance, nous risquons de les perdre. Ces droits sont essentiels à toute saine démocratie. »
–
Mary-Woo, femme lesbienne et défenseure des droits de la personne, 2023
« Je n’avais jamais vraiment rencontré d’autres personnes queers dans la petite ville d’où je viens. Le mot “trans” n’avait probablement jamais même effleuré mes lèvres. Je n’avais ni conscience de notre histoire ni modèle sur qui prendre exemple, et rien ne me laissait présager un quelconque avenir. J’aurais tellement aimé avoir moins peur de moi-même au moment de m’ouvrir à ma mère. J’aurais aussi voulu qu’elle m’explique que ce dont elle avait peur, ce n’était pas de mon identité queer, mais de ce que la société me ferait subir. J’ai cru qu’elle avait honte, et nous avons passé des années à pleurer pour rien. »
–
Ivan, personne trans non binaire, artiste du récit, 2021

Des vies ravagées
Les répercussions profondes et tenaces de la discrimination.
Des vies ravagées
Les répercussions profondes et tenaces de la discrimination.
Dépression, alcoolisme, toxicomanie, rejet, suicide, itinérance, pauvreté, isolement, effacement, fléau du VIH/sida – les souffrances tenaces provoquées par la discrimination ont brisé d’innombrables vies.
Ses conséquences sociales, émotionnelles et physiques se sont aussi répercutées sur de multiples générations.

[Ce n’est pas une affaire de toilettes, pas plus que de fontaines publiques autrefois.]
–
Au Canada comme ailleurs, la communauté trans est devenue la cible de violences et de haine. Le suicide, la pauvreté et la dépression sont particulièrement répandus chez les personnes trans de tous âges, y compris chez les jeunes.
–
↑ Photo de Derek R. Henkle/AFP, Getty Images
Quels effets la discrimination a-t-elle eus sur vous?
« J’ai sombré dans la dépression au point de perdre tout espoir. Il n’y a pas que moi qui ai souffert de ma thérapie de conversion; ma famille aussi en a subi les contrecoups. Nos relations se sont détériorées, et le lien de confiance s’est rompu. Nous n’arrivions plus à nous comprendre. À leurs yeux, j’avais vendu mon âme au diable. Aux miens, c’était comme s’ils n’accordaient aucune valeur à ma vie. »
–
Stéphane, homme queer et survivant d’une thérapie de conversion, date inconnue
« Devant l’insistance de plusieurs médecins spécialistes, mon père a “accepté” qu’on m’opère pour me donner une sexualité normale. La jeune fille de sept ans en parfaite santé que j’étais s’est ainsi transformée en femme qui redoutait son passé et son propre corps, qui se haïssait dans sa différence. Le remède imposé par le HSC de Toronto m’a inculqué l’hétérosexisme et l’homophobie – bref, la peur et la haine de moi-même. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris que je n’avais jamais été un monstre… simplement une personne intersexe. »
–
Morgan, militante intersexe et pionnière des études critiques en intersexuation, 1996
« Mon conjoint a cherché de l’aide médicale pour soigner sa dépression. Il a plutôt été envoyé dans un institut qui collaborait avec la CIA et la GRC. On lui a fait subir 36 séances d’électrochocs, puis on l’a bourré de médicaments, y compris de Seconal. Autant dire qu’on lui a lavé le cerveau. Il a complètement perdu la mémoire, mais vous savez quoi? Malgré toutes leurs démarches pour le rendre hétérosexuel, il n’a jamais cessé d’être queer. »
–
Ken, époux de David, victime de la purge en 1961
« Vos paroles blessantes, notre communauté n’en a pas besoin : nous avons parcouru trop de chemin pour repasser par là. Ce n’est pas après des milliers d’années d’histoire qu’on va nous faire disparaître. »
–
Émile, pédagogue non binaire et activiste pour la jeunesse queer, texte préparé par des élèves en 2023

Le militantisme queer au Canada
La galvanisation d’un mouvement au service de nos communautés.
Le militantisme queer au Canada
La galvanisation d’un mouvement au service de nos communautés.
La résistance des personnes queers à la violence, à l’oppression et aux lois homophobes et transphobes ne date pas d’hier. Après la Deuxième Guerre mondiale, les actes individuels de désobéissance se transforment en mouvement. Inquiets devant la montée des sous-cultures queers et trans, l’État, l’Église et les médias sèment la panique sur les rôles et attentes liés au genre et s’en prennent aux personnes 2ELGBTQI+.
De simples moments de bonheur – se produire en drag, élever des enfants ou avoir des relations sexuelles consensuelles entre adultes – ont valu à nombre d’entre elles d’être battues, incarcérées, humiliées ou assassinées.
D’un océan à l’autre, elles se retrouvent dans divers contextes pour revendiquer leurs droits : rassemblements autochtones, alliances gais-hétéros, regroupements de parents, associations culturelles ou ethnoraciales, librairies et archives communautaires, sports et loisirs, organismes pour personnes atteintes du VIH/sida, groupes d’entraide, espaces religieux pro-2ELGBTQI+, festivals de la Fierté, etc.
Ensemble, les personnes queers militent pour renseigner la population, lutter contre la stigmatisation, changer les lois et se faire accepter socialement.

La première grande manifestation queer au Canada, We Demand, se déroule à Ottawa et à Vancouver en 1971. Des gens de partout au pays convergent vers la Colline du Parlement pour revendiquer leurs droits civils et fondamentaux, y compris l’accès au logement, aux soins de santé, au travail, à un statut juridique et à l’immigration. Ils réclament aussi la fin de la purge LGBT.
–
↑ Photo de Jearld Frederick Moldenhauer


Tantôt soudé, tantôt divisé, le militantisme queer s’unit à d’autres mouvements et groupes aussi victimes de discrimination et de violence. Il appuie entre autres les groupes autochtones, les syndicats, les féministes et les personnes noires, racisées, immigrantes ou œuvrant dans l’industrie du sexe.
–
↑ Photo gracieuseté d’AGIR Montréal Visages brouillés pour protéger l’identité des personnes photographiées.
Le mouvement queer se taille une place en passant par les rues et les tribunaux, mais l’activisme a de nombreux visages. Arts visuels et médiatiques, arts de la scène, poésie, radio, zines, bulletins, périodiques, conférences, congrès, performance, drag : les communautés s’expriment par divers moyens pour gagner en visibilité et faire circuler leurs messages politiques.
Pour vous, quels ont été les moments forts de ce mouvement?
« Il y avait une manif pratiquement toutes les fins de semaine. On avait commencé à parler du mouvement queer, oui, mais on parlait aussi de race et de genre, et tout particulièrement des femmes. Le mouvement féministe avait le vent dans les voiles. Alors chaque week-end, sans cellulaires ni médias sociaux, on parvenait à se donner rendez-vous pour défiler à grand bruit. On avait vraiment l’impression de pouvoir changer le monde. »
–
Douglas, militant homosexuel, au sujet des années 1980

La résistance et le changement
Le courage et l’action de militant∙es et de leurs allié·es.
La résistance et le changement
Le courage et l’action de militant∙es et de leurs allié·es.
Les lois qui criminalisaient et marginalisaient les personnes 2ELGBTQI+ au Canada ont changé. Ces changements ne sont pas nés de la bonne foi de l’État, mais de contestations judiciaires et d’un militantisme acharné. Au fil du temps, le regard que la société pose sur les personnes queers et sur la sexualité humaine a aussi évolué.
Il aura fallu une formidable résistance, une pression constante et une action collective pour faire bouger les choses. Des personnes de tous les horizons – leaders progressistes des milieux politique, syndical, juridique et religieux, du domaine de la santé et autres – ont appuyé le mouvement. Sans ces gens qui ont bravement défendu leur cause et celle d’autrui, nous en serions toujours au même point, et ce monument n’aurait jamais vu le jour.
Il y a lieu de célébrer, oui, mais la lutte se poursuit pour protéger ces acquis et assurer à la communauté queer des lendemains plus sûrs et plus justes.

Les droits de la personne protègent aussi les communautés queers. Il aura fallu de multiples recours aux tribunaux pour le faire reconnaître. Depuis 1985, juristes et justiciables s’appuient sur la Charte des droits et libertés avec courage et détermination pour faire respecter ces droits. C’est aussi devant la justice que la purge LGBT a officiellement pris fin et que les personnes survivantes ont remporté leur action collective contre le gouvernement du Canada.
–
↑ Photo de Mitchel Raphael

Depuis les années 1970, les activités et festivals de la Fierté ont créé un espace où manifester contre les inégalités, gagner en visibilité et célébrer les progrès accomplis. Les efforts pour inclure les groupes queers noirs, autochtones, handicapés et racisés, les communautés trans et bien d’autres encore se poursuivent et se reflètent dans les multiples versions du drapeau de la Fierté.
–
↑ Photo de Laura Proctor
Quelles ont été vos expériences de résistance communautaire?
« J’ai lancé tout bonnement : “Étant moi-même homosexuel…”, et l’auditoire était complètement abasourdi. À l’époque, on
commençait à peine à parler d’homosexualité; il est presque certain que personne dans la salle n’avait entendu pareille déclaration auparavant. Quel sentiment exceptionnel que de sortir de l’ombre et de me tenir là, en plein jour, devant tout le monde! J’avais peur, bien entendu, mais j’étais surtout euphorique. Me cacher, mentir, faire semblant – tout ça, c’était du passé. Je ne pouvais plus faire marche arrière. »
–
Peter, homme homosexuel, revenant sur un débat tenu en 1974
« Vous n’avez qu’une vie à vivre, n’allez pas la gaspiller en essayant de changer. On a tort de vous en vouloir pour une chose sur laquelle vous n’avez aucun contrôle. Il y a des gens qui vous aiment et qui sont là pour vous. Si sombre soit le tunnel, sachez qu’au bout, la lumière brille. »
–
Alex, activiste bi au genre fluide, 2021
« Les jeunes transgenres sont des êtres fantastiques, extraordinaires, qui brillent par leur courage et leur attitude. C’est un immense honneur de vivre aux côtés de quelqu’un en tel contact avec soi-même. »
–
Père cisgenre d’une jeune personne transgenre, 2015
« Je n’arrivais pas à y croire. La juge nous donnait raison! Ensemble, nous avions réussi l’impossible : obtenir justice contre l’État. C’est là, et quand nous avons reçu des excuses du gouvernement en 2017, que nous avons enfin senti qu’il y avait de l’écoute. Nous avions survécu à la purge, et c’est de notre union que venait notre force. »
–
Martine, survivante, victime lesbienne de la purge et membre du recours collectif, 2018
« Montréal est une ville extraordinaire, tout comme le Canada, malgré les critiques qu'on entend parfois. En tant qu'homme gay y vivant aujourd'hui, je n'ai pas connu la Purge ni les plus sombres heures de la discrimination. Je tiens à exprimer toute ma gratitude envers toutes celles et ceux qui se sont battus, qui sont restés debout et qui ont ouvert la voie pour que nous puissions vivre librement. Cela dit, ne prenons jamais rien pour acquis. Nos droits, notre liberté et nos acquis restent fragiles et sont encore menacés aujourd'hui. S'il vous plaît, restons vigilants. »
–
Martin

L’expérience queer autochtone et le colonialisme
Un rejet de l’homophobie venue d’ailleurs.
L’expérience queer autochtone et le colonialisme
Un rejet de l’homophobie venue d’ailleurs.
La diversité sexuelle et la diversité de genre s’affichaient autrefois plus librement en Amérique du Nord. Avant la colonisation, l’identité de genre et son expression étaient plus fluides chez les Premières Nations, les Inuit et les Métis, et les personnes LGBTQI+ occupaient d’importantes fonctions au sein de leurs communautés.
L’homophobie, la transphobie et la misogynie sont arrivées sur le continent avec la colonisation blanche. Les institutions coloniales et l’Église ont cherché à réprimer la sexualité et la spiritualité des Autochtones et à éradiquer leurs normes associées au genre. Le traitement réservé aux personnes bispirituelles et queers s’est dégradé, tout comme la perception qu’on avait d’elles et qu’elles avaient d’elles-mêmes. Honteuses et isolées, beaucoup ont cessé de s’exprimer ouvertement.
Encore aujourd’hui, au Canada, la discrimination à leur endroit se superpose au racisme que subissent les premiers peuples. À travers des démarches de guérison et de sensibilisation, les personnes queers et bispirituelles s’efforcent de recouvrer le respect au sein de leurs communautés. La réconciliation doit se poursuivre, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des communautés 2ELGBTQI+.

Largement utilisé par les peuples autochtones, le terme « bispiritualité », ou aux deux esprits, englobe plusieurs genres et sexualités. Il est proposé en 1990 lors du troisième rassemblement des Autochtones gais et lesbiennes d’Amérique du Nord, près de Beausejour (Manitoba). Le terme ne fait toutefois pas l’unanimité chez les membres LGBTQI+ des Premières Nations et des communautés inuites et métisses. Beaucoup choisissent plutôt de se réapproprier des termes traditionnels.
–
↑ Photo gracieuseté des archives de l’Université de Winnipeg



Sous le régime colonial, l’homophobie se répand tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des communautés autochtones. Les personnes bispirituelles et queers se voient alors exclues de leurs communautés, cérémonies et cercles traditionnels. Selon les gardiens et gardiennes du savoir, tout le monde a sa place et reçoit un don divin. En se réappropriant leurs identités queers, les communautés autochtones s’éveillent à la diversité et à la spiritualité. L’ajout des caractères « 2E » à un sigle en constante évolution apporte une dimension spirituelle au mouvement queer, en plus de le relier au territoire.
–
↑ Photo de Sadie Phoenix Lavoie
↖ Ookpik rouge de Kablusiak (2022)
← Étui et perlage de Benny Michaud, Nation Métis
Quelle est votre expérience de l’autochtonie queer?
« Ma grand-mère me disait que deux esprits habitaient mon corps, mes pensées, mon âme et mon cœur, et qu’à cause de ça, je n’aurais vraiment pas la vie facile. On lui avait déjà raconté que sept générations plus tôt, les personnes bispirituelles vivaient en toute dignité parmi les Premières Nations. Elles jouissaient d’un statut spécial. Aujourd’hui, on nous traite de sauvages. Nous ne sommes rien à moins de faire comme tout le monde. »
—
Ma-Nee, Aînée bispirituelle ojibwée-crie, 2017
« On a commencé par nous séparer : les filles d’un côté, en tuniques, les garçons de l’autre, en pantalons. Nos cheveux, coupés. Je ne savais pas trop de quel côté me ranger. Je voulais être avec mes sœurs et mon frère, c’est tout. Comme je n’avais jamais porté de robe, j’ai suivi mon frère. On aurait dit une usine. Pendant qu’un prêtre me rasait la tête, un autre arrachait mes vêtements. J’étais terrorisée. J’ai caché mes parties, mais ils s’en sont vite aperçus. C’est là qu’on m’a battue pour la première fois. »
—
« S », survivante lesbienne des pensionnats autochtones, date inconnue

Une multitude de communautés et d’expériences
Une lutte concertée pour les personnes toujours marginalisées.
Une multitude de communautés et d’expériences
Une lutte concertée pour les personnes toujours marginalisées.
Les communautés queers sont plurielles, tout comme leur expérience de l’exclusion et de la résistance.
Certaines personnes queers sont marginalisées à plus d’un égard : elles peuvent être aussi racisées, autochtones, handicapées, immigrantes, réfugiées ou de sexe féminin. Elles subissent ainsi à la fois le rejet de leurs communautés d’appartenance et des groupes 2ELGBTQI+. De plus, certains groupes au sein des communautés queers, comme les personnes transgenres, non binaires et intersexes, sont davantage victimes d’exclusion et de violence.
Dans le passé, les principales avancées pour les droits des communautés queers ont avant tout servi ses groupes dominants. Il reste du travail à faire pour que l’on reconnaisse le lien entre l’exclusion et les identités et circonstances propres à chaque personne et pour défendre les minorités les plus ostracisées de nos communautés. Ce travail n’aura de fin que lorsque la sécurité et l’égalité seront universelles.

Love and desire are facts of human nature. Queerness traverses race, ethnicity, age, gender, religion, class, economic status, ability and background. Visibility and representation are important for all 2SLGBTQI+ people — inside and outside queer communities.
–
↑ Photo by Diego Moura
Comment vos identités et/ou vos privilèges ont-ils contribué à vous mettre à l’écart ou à bien vous intégrer?
« Il y a beaucoup à changer, mais ce n’est pas tout d’abattre des murs : il faut aussi semer. C’est à force d’espoir, de solidarité, d’action et de mobilisation que nous bâtirons la société dans laquelle nous aspirons à vivre. Tout le monde devra y mettre du sien. Pas pour nous rendre service, mais parce que c’est ce qui nous libérera collectivement. Ce monde dans lequel nous vivrons sera magnifique, et nous l’aurons construit ensemble. »
–
Syrus, activiste queer et artiste visuel, 2024
« Peu importe notre couleur de peau, notre religion ou les communautés auxquelles nous appartenons, nous, les personnes queers, avons toujours été des vôtres. »
–
El-Farouk, avocat, imam et militant queer pour les droits de la personne, 2020



